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Lire Popper:
La page de Denis Collin: "C'est la critique de l'induction qui constitue le centre de l'épistémologie de Popper. C'est elle qui constitue d'ailleurs la justification centrale du fameux " test de Popper " permettant de délimiter les théories scientifiques et les conceptions métaphysiques. Ce problème de l'induction que Popper pense avoir résolu, c'est encore ce qu'il appelle le problème de Hume."
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Philosophe et épistémologue, Karl Raimund Popper est né à Vienne en 1902. Une fréquentation longue et désintéressée de l'université de cette ville lui permit d'acquérir une formation scientifique, philosophique et musicale, tandis qu'il travaillait comme ébéniste, puis comme " social worker " auprès d'enfants défavorisés, enfin comme enseignant. Il obtient le doctorat de philosophie en 1928. Petit fils de juif converti - et peu attiré par le nazisme, il va, comme la majorité des intellectuels viennois, choisir la voir de l'exil. Il part, dans des conditions difficiles, en Nouvelle-Zélande de 1937 à 1945: 5 semaines de bateau, 3 mois pour un échange de lettres! A l'université, la bibliothèque est très peu fournie et il n'a aucune charge de recherche devant se consacrer principalement à l'enseignement. Ne pouvant publier, loin de tout, il se voit y rester jusqu'à la fin de sa vie! Il y écrit La société ouverte et ses ennemis qu'il considère comme sa contribtion à l'effort de guerre. A la fin de la guerre il parvient, avec le soutien de Friedrich V. Hayek - qui partage sa dénonciation des dégâts du positivisme-, à obtenir un poste à Londres, où il sera professeur de logique et de méthodologie des sciences à la London School of Economics and Political Science (1945-1969) et à l'université elle-même (1949-1969), tout en donnant de nombreuses séries de cours dans les grandes universités américaines. Dans son "Autobiography", il se présente comme ayant une vie humainement riche et équilibrée et un grand bonheur privé, mais aussi une vive sensibilité aux menaces politiques. Son style offre souvent une verdeur et une vivacité très stimulantes pour le lecteur. Sa formation s'est effectuée à partir de Frege et de Tarski, puis dans un dialogue avec Quine et avec Carnap. Popper ne veut être ni un philosophe du langage ni un philosophe de la croyance: plus que les significations lui importent les vérités. Dans le domaine des sciences exactes comme dans celui des sciences humaines, cet épistémologue, qui est l'un des grands de notre temps, n'a cessé de nous avertir "que le roi est nu". |
Karl Popper est un partisan du réalisme, c'est à dire que la réalité existe indépendamment de notre volonté. Le but de l'activité scientifique est de chercher, par l'exercice de la raison, des théories qui vont approcher la vérité, sachant qu'on ne l'atteint jamais. Membre du Cercle de Vienne, il en dépassera l'approche, celle du positivisme logique basé sur la vérification des théories pour formuler la théorie de la corroboration - ou de la falsification. Il s'inscrit en cela dans la continuité de l'oeuvre de Charles S. Peirce qui, le premier, a dépassé l'opposition entre empirisme (l'induction, qui infère le semblable à partir du semblable) et déduction (vérification empirique d'une théorie) et développant l'abduction (qui infère le différent à partir du semblable). Le but n'est pas de démontrer qu'une théorie est vraie, mais de démontrer qu'elle est fausse, ce qui permet de construire une théorie dont le contenu de vérité est plus élevé. Popper fera le lien entre épistémologie et évolutionisme: la science façonne son environnement et est façonné par lui. Le progrès de la connaissance peut se réprésenter selon un cycle:
| P1
Problème à résoudre |
TT
Tenative de théorie |
EE
Elimination de l'erreur |
P2
Nouveau problème, plus complexe |
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"
Pourfendeur des idéologies déterministes et totalitaires du XX°
siècle, Karl Popper a contribué à développer une nouvelle approche
de la connaissance objective au travers de sa théorie des trois
mondes.
® Le monde 1 est celui des réalités physiques que lon identifie par celui auquel on peut donner des coups de pied et qui existe indépendamment de lexpérience que nous en avons. La matière (donc la physique et la chimie) et le stock de nos connaissances en font partie en tant quobjets inanimés.
® Le monde 2 est celui de nos expériences conscientes et de la connaissance qui reste subjective dans la mesure ou elle nexiste pas en dehors de la relation que nous avons avec elle. Cest celui de la psychologie, de la perception et des sentiments, y compris des expériences subconscientes et inconscientes.
® Le monde 3 est celui de la connaissance objective, représenté par lensemble des théories, des livres, des données, des mémoires dordinateurs, bref de lénorme stock dinformations à notre disposition et qui existent indépendamment de la relation que nous avons avec elles. Le passage de la connaissance subjective à la connaissance objective se fait par lénoncé écrit de cette connaissance sous forme de théorie qui devient alors une donnée qui peut être soumise à la critique et à lexpérimentation. Cette objectivité de la connaissance est la base même du progrès scientifique et philosophique. Einstein passait son temps à objectiver le produit de ses expérience subjectives pour les soumettre au feu de la critique et parvenir à formuler des théories dune pertinence supérieure.
Le processus de la connaissance sétablit donc ainsi: nous entrons
en contact avec le monde 1 par nos expériences et qui sont vécues
dans le monde 2, le monde mental, et ces expériences sont influencées
par lensemble des connaissances, des théories , des représentations
que nous avons dans le monde 3.
Par exemple: je lis un livre. Le livre, comme réalité matérielle
appartient au monde 1. Lexpérience que je vis en le lisant, les
sentiments quil éveille en moi appartiennent au monde 2. Le livre
et réel et ces sentiments sont tout aussi réels puisque je les
vis. Mais ce ne sont pas des sentiments purs et intemporel: ils
sont conditionnés par mes grilles de connaissance et létat de
mes savoirs du monde 3. Si je suis capable de pensée critique,
je vais pouvoir identifier quelles sont les théories utilisées,
leur écart avec les phénomènes observés et donc critiquer mes
présupposés et les théories pour les rendre plus vraies, cest
à dire plus adéquates avec les phénomènes observés.
® Il existe une autonomie du monde 3 : les théories et données que crée lhomme ont une richesse propre,
supérieure à celle quil suppose lorsquil constitue cette théorie.
Lexemple le plus classique est celui des mathématiques : les
découvertes que lont fait dans ce domaine sont contenus dans
les principes mathématiques qui sont une création humaine. Ainsi
lorsquon découvre les propriétés des nombres premiers, il ne
sagit pas dune découverte au sens strict, mais dune propriété
contenue dans les axiomes logiques posés par Euclide. Dans un
sens lhomme ne fait que découvrir ce quil a déjà inventé et
à sen émerveiller. Il est à première vue illogique de faire de
la recherche en mathématique, puisquelles nexistent pas (à la
différence de la physique) mais ne sont initialement quun langage
de description des phénomènes physique de pure invention humaine.
Ce phénomène tend à saccroître avec le développement des systèmes
dinformation qui crée beaucoup plus dunités informationnelles
et de capacité dinterconnexion entre ces unités que lesprit
humain peut en traiter. Il y a donc une complexité autonome du
monde trois, où les catégories, les théories créées par lhomme
entrent en interaction les unes avec les autres et créent de la
connaissance qui va devoir faire lobjet dune recherche de notre
part.
® Notre connaissance subjective (le monde 2) est influencée par le monde 3, précisément parce quil a une
existence autonome. Toute connaissance nouvelle consiste en la
modification de connaissances qui étaient déjà là, dans le monde
3. Nous sommes imprégnés de théories, véhiculées par nos filtres
culturels et notre langage. Toute connaissance, y compris nos
observations, est imprégnée de théorie. Il nexiste donc pas dexpérience
pure et il existe toujours un arrière plan théorique - ce que
nous appelons le bagage culturel minimal - qui influence ce que
nous pensons être une observation naïve de la réalité. On pourrait
conclure de ces prédicats, soit quil faut sen remettre en tout
point à un dogmatisme scientiste qui naccorderait une parcelle
de vérité quà ce qui adopte les formes les plus exigeantes de
la formulation scientifique (Nest vrai que ce qui est scientifique,
et tout ce qui est scientifique est vrai), soit sombrer dans
le relativisme sceptique qui assimile la science à une idéologie
à laquelle on est libre dadhérer ou non. Il nen est rien. La
capacité à créer une connaissance objective est une spécificité
de lêtre humain, et le plein accomplissement de lêtre humain
est la maîtrise de cette connaissance dont il est lauteur. Ce
qui compte dès lors cest de mettre noir sur blanc - et donc de
faire passer dans le monde objectif - le référentiel de pensée
qui est en action dans notre pratique et notre subjectivité.
® Lindéterminisme nest pas suffisant : Etablir lindétermination du monde 1 est nécessaire, mais si lon en restait là, on aurait un monde 1 aléatoire sur lequel nous naurions aucun pouvoir. Il faut donc rechercher comment le monde 1 est ouvert sur le monde 2, et comment celui-ci est influencé par le monde 3. Popper établit que chacun de ces mondes est ouvert sur lautre, mais également ouvert sur un ailleurs indéterminé, à lopposé des postmodernes qui nient lexistence du réel et affirment quil nest que le produit du langage :Si lhomme est libre, au moins en partie, la nature lest aussi; et le monde 1, physique, est ouvert. (
) Le point de vue opposé, celui de Laplace, mène à la prédestination. Il conduit à lidée que, il y a des billions et des billions dannées, les particules élémentaires du monde 1 contenaient la poesie dHomère, la philosophie de Platon et les symphonies de Beethoven, comme une graine contient la plante; il mène à lidée que lhistoire est prédestinée et avec elle, toutes les manifestations de la créativité humaine. Or, ni le monde 1, ni le monde 3 ne sont déterminés. Ils sont ouverts, le monde 1 aux mécanismes aléatoires du monde physique, et le monde 3 -cest le plus important- est ouvert sur lunivers. Cest une conséquence du théorème de Gödel qui démontre que tout univers axiomatique nest pas achevable: il est toujours possible de démontrer quun axiome procède dun axiome de niveau supérieur. Le monde est donc ouvert, cest nous qui lui donnons du sens .
® Toute théorie nest vraie que tant quon na pas montré quelle
était fausse: Dès lors que lunivers est irrésolu et non fini, il nest pas
possible de vérifier une théorie au regard dun état définitif
de la connaissance ou par processus expérimental. Aussi, au principe
de vérification Popper substitue le principe de falsification:
le but du progrès de la science et de lesprit humain est de montrer
que les théories considérées comme vraies sont fausse pour en
bâtir de meilleures. Cest un processus continu de résolution
de problème qui sinitie: un problème va susciter des théories
(monde 3) qui vont susciter des expériences (monde 2) sur un réel
observé (monde 1). Par essais et erreurs, on va éliminer les erreurs
jusquà ce que lon parvienne à une théorie satisfaisante. Mais
cette théorie nest quun nouveau problème, et le cycle est sans
fin.
Le popperisme contient donc en lui-même lextinction du poppérisme!
On comprend que cette démarche dhumilité et dexigence épistémologique
nait que faiblement recueillie lattention de nos élites. Popper
est incomplètement traduit en français , nest défendu que par
un seul philosophe -Jacques Bouveresse, qui en est lui-même réduit
à se déclarer unfrench du fait de la quarantaine dans laquelle
le tient lintelligentsia- et lorsquil mourrut, en 1994, la presse
officielle de la pensée unique le présenta comme lidéologue de
la politique de Margareth Thatcher!
Si un décideur public suivait une démarche aussi rigoureuse du point de vue épistémologique que celle que propose Popper, pour chaque projet il formulerait des hypothèses, monterait un prototype, évaluerait la pertinence de ses hypothèses de départ en cherchant à montrer quelles sont fausses pour les remplacer par des hypothèses plus vraies, et ne généraliseraient quensuite son dispositif. Pis encore, cela lamenerait à travailler en groupe de résolution de problèmes, à y associer des usagers -quon a souvent tendance à réduire à létat dusagés- des services publics. Ce serait vraiment tuer le métier: il est beaucoup plus payant de formuler des grands projets qui coutent des milliards et -au mieux- accouchent de souris, et -au pire- créent des situations inextricables."
| "Mais précisément parce que notre but est d'établir des théories du mieux que nous le pouvons, nous devons les tester aussi sévèrement que nous le pouvons; c'est-à-dire que nous devons essayer de les mettre en défaut, de les réfuter. Ce n'est que si nous ne pouvons pas les réfuter, en dépit des plus grands efforts, que nous pouvons dire qu'elles ont résisté aux tests les plus sévères. C'est la raison pour laquelle la découverte d'exemples qui confirment une théorie a très peu de signification, si nous n'avons pas essayé, sans succès, de découvrir des réfutations. Car si nous ne prenons pas une attitude critique, nous trouverons toujours ce que nous désirons: nous rechercherons, et nous trouverons, des confirmations; nous éviterons, et nous ne verrons pas, tout ce qui pourrait être dangereux pour nos théories favorites. De cette façon, il n'est que trop aisé d'obtenir ce qui semble une preuve irrésistible en faveur d'une théorie qui, si on l'avait approchée d'une façon critique, aurait été réfutée. Afin de faire fonctionner la méthode de sélection par élimination, et de garantir que seules les théo-ries les plus convenables survivent, leur lutte pour la vie doit être rendue sévère."
Extrait de Misère de l'historicisme |
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Le "principe de falsification" formalisé par Popper dans "La logique de la découverte scientifique" s'applique aussi à la pensée de Popper: On ne peut pratique l'épistémologie de Popperienne sans se poser la question de l'extinction du poppérime. Une application radicale de cette méthode amènerait à rejeter toute forme de métaphysique comme non scientifique (on ne peut prouver que Dieu n'existe pas, pas plus qu'il n'existe), ainsi que la psychanalyse. Plus grave, les intutions qui sont à la base de grandes percées scientifiques ne sont pas au départ falsifiables et ne doivent pas être rejetées pour autant. Aussi l'épistémologie poppérienne doit-elle être maniée avec discernement et Imre Lakatos en a proposé un aménagement.
Une critique radicale du marxisme: Outre ses derniers essais ("Toute vie est résolution de problème"), lire l'article de Lucio Colletti "Lénine et Popper": l'auteur fait un lien pertinent entre ce qui est sans doute le seul ouvrage de Lénine qui garde une actualité philosophique "Matérialisme et empiriocriticisme", et l'apport de Popper. Lénine critiquait dans cet ouvrage l'idéalisme radical représenté par Berkeley et Mach selon lequel le monde n'existe pas en dehors de nos perceptions. L'épistémologie contemporaine -dont Popper est le représentant le plus brillant- a validé cet rejet de l'interprétation idéaliste, mais sans pour autant valider l'interprétation hégéliano-marxiste, donc déterministe, selon laquelle le monde est un construit préexistant qui conditionne de manière absolue nos choix et notre vie. Le monde existe, mais il n'existe qu'au travers de nos systèmes de représentation (comment se construit un système de réprésentation?: voir "le diagramme d'affinité") et ce sont ces représentations, selon qu'elles sont vraies ou fausses - notions que l'on va retrouver au centre de l'oeuvre de Popper- qui vont déterminer notre avenir. Comme c'est nous qui construisons nos représentations, "l'avenir est ouvert" et nous sommes donc bien libres.
Un combat résolu et permanent contre le relativisme: Popper lie ce combat à celui contre l'historicisme. La synthèse parfaite de ces deux pilers du totalitarisme (le troisième étant le déterminisme) se trouve chez Hegel et que Popper a dénoncé dans "La société ouverte et ses ennemis" : le relativisme postule qu'il est possible d'avoir une multitude de cadres de référence ("framework") non arbitrables, et donc que toutes les opinions se valent in fine, et qu'il est impossible de sortir de la caverne. Il mène le même combat que Leo Strauss en ce sens, bien que les deux auteurs ne fassent jamais référence l'un à l'autre, sauf dans un échange de lettres avec Eric Voegelin, particulièrement virulent. Il faut dire que c'était autour de "La société ouverte et ses ennemis" que Popper a écrit durant son exil en Nouvelle Zélande et qu'il considérait comme sa contribution à la lutte contre le nazisme et le communisme. N'ayant pas sa documentation, l'ouvrage est, il est vrai, "de la philosophie à coups de marteaux", qu'il complétera par Misère de l'historicisme auquel il faut se référer pour une vision plus achevée de la question de fond, qui est celle du rôle des intellectuels et des dégâts qu'ils peuvent provoquer lorsqu'ils se mèlent de vouloir définir des lois de l'histoire et de diriger la cité.
Mais Popper est-il pour autant un philosophe politique qui discute des questions essentielles de la philosophie politique, soit la question de la bonne société, de la vie bonne, de la société juste? Je ne suis, pour ma part, pas du tout convaincu par la philosophie politique de Karl Popper. Si l'on ne savait pas que certains écrits étaient de lui, on serait tenté de les qualifier de niais, de pacifiste bêlant ou d'humanitarisme miéleux social-démocrate. Popper est resté marqué par la violence de la prise du pouvoir par les nazis, qu'il analyse comme une défaite de la raison. Développer la raison et avoir des intellectuels optimistes ayant foi dans l'humanité - et non les intellos nihilistes que nous connaissons - tel est son programme, fort louable au demeurant, mais fort peu consistant. Il en vient à nier la possibilité de la politique et de l'action intentionnelle qui ne peut mener qu'à la catastrophe (révolution et totalitarisme) et se donne pour seul critère du bon Etat celui qu'on peut renverser sans effusion de sang. Il nie le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au prétexte que cela générerait le nationalisme, donc la guerre.... Il en vient, à la fin de sa vie, à prôner des "guerres pour la paix" soit l'interventionisme "humanitaire"... sans doute à la Bernard Kouchner. Tout cela n'est pas très sérieux. On comprend les critiques virulentes de Strauss et de Voegelin!
Popper reste un géant de la philosophie des sciences - le plus grand sans doute du XX° siècle, avec Bachelard que l'obstacle de la langue et la coupure entre pensée continentale et pensée anglo-saxonne ne lui aura pas permis de fréquenter, qui a dénoncé les dégâts du relativisme moral et intellectuel comme la vraie menance pesant sur la civilisation. Il s'est trop peu, et trop superficiellement, engagé sur la question de la "bonne société" - qui est LA question de la philosophie politique - pour que l'on puisse considérer son apport. Sous certains aspects, il nie même la possibilité et la pertinence de cette quête, tombant dans le relativisme qu'il a si bien dénoncé.
"Le relativisme est un des nombreux crimes commis par les intellectuels.
C'est une trahison de la raison et de l'humanité" .
Strauss et Voegelin contre Popper: " Pourriez-vous me dire un jour prochain votre sentiment sur M. Popper. Il est venu faire ici une conférence, sur la philisophie sociale, qui était au-dessous de tout; du positivisme le plus édulcoré et sans vie essayant de se donner du courage, allié à une totale incapacité à penser rationnellement alors qu'il se fait passer pour du rationalisme, c'était vraiment mauvais" (Leo Strauss, 10 avril 1950)
"Le livre de Popper constitue un scandale, sans bénéficier d'aucune circonstances atténuantes; son attitude intellectuelle est un produit typique de l'intellectuel raté; sur le plan sprirituel les expressions qui le caractérisent sont celles de coquin, d'insolent, de voyou; enfin pour s'en tenir à la compétence technique, en tant que fragment d'histoire de la pensée, c'est un dilettante et, comme tel, un bon à rien" (Eric Voegelin, 18 avril 1950) Foi et philosophie politique : La correspondance Strauss-Voegelin 1934-1964
Popper aura été un grand épistémologue et philosophe des sciences, non un philosophe politique, matière à laquelle il ne touchera que tardivement et superficiellement. Jean Baudoin, toutefois, conteste cette analyse.
"In the course of a life of ninety years Sir Karl can look back on positive changes in the world - the vast reductions in mass poverty, the liberalization of penal systems, the defeat of dictatorships. The search for a better world is never complete, but in spite of two world wars and a long and dangerous cold war, it was not in vain. The essays and lectures collected in this book chart many familiar as well as some less known aspects of Sir Karl's thinking - from his interest in the birth of scientific speculation in classical Greece to the destructive effects on the intellect of totalitarianism in twentieth-century states. His discussions range over problems of politics, the history of philosophy and great figures of the Enlightenment such as Voltaire and Kant, and the relation of science and art (in an address given at the 1979 Salzburg festival). The book offers important new insights into the thought of one of the greatest of living philosophers, and into the role of science in our civilization" (In search of a better world)
"Hegel was both a relativist and a absolutist: (...) according to Hegel, truth itself was both relative and absolute. It was relative to each historical and cultural framework: there could thus be no critical discussion between such frameworks since each of them had different standard of truth. But Hegel held his own doctrine that truth was relative to the various frameworks to be absolutely true, since it was part of his own relativisttic philosophy. (...)
"What make these ideas attractive is that people confuse relativism with the true and important insight that all men are faillible... This doctrine of faillability has played a significant role in the history of philosophy... and I think it is of the utmost importance. But I do not think that the true and important doctrine of human faillability can be used to support relativisme with respect to truth." "The myth of the framework"
Un courant encore dominant dans les sciences sociales est l'historicisme. Pour l'historiciste, il y a à la fois des lois générales de l'histoire qui gouvernent le passage d'une période historique à une autre, et impossibilité pour l'acteur d'agir sur le cours des choses, hormis l'activisme pour favoriser l'accouchement des prophéties historiques. Il faut y voir ici l'influence du déterminisme en philosophie qui apparaît à l'époque moderne avec Hegel, mais surtout avec le marxisme dont le « sens de l'histoire » a toujours une influence importante dans les sciences sociales. Les conséquences pratiques sont la floraison de gourous qui annoncent une « révolution » à chaque nouveauté technique et dont la seule préconisation est l'activisme pour aller dans le courant du progrès.
| « LUnivers, précise Popper, nous paraît intuitivement relever de la causalité, dun enchaînement de causes et de conséquences, comme sil sagissait dune horloge. En réalité, il nen est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à sorienter spontanément dans une seule direction. Donc, Dieu joue bien aux dés, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. » (Misère de l'historicisme) |
Renée Bouveresse a fait sa thèse sur Karl Popper est a contribué à son introduction en France:
"Le développement de l'irrationalisme, qui a correspondu de façon paradoxale à l'essor contemporain de la science, n'est, en fait, à y bien regarder que l'effet d'une foi déçue dans un rationalisme dogmatique postulant que notre savoir peut être fondé et atteindre la certitude. Plaider pour la raison, ce que Popper a fait en ce siècle avec une force inégalée, c'est donc en proposer par contraste une image critique la volonté de mettre sans cesse à l'épreuve nos idées sans jamais les considérer comme établies est le seul caractère fondamental de la pensée rationnelle, puisque l'erreur est le seul absolu, et que l'on ne peut progresser du coup qu'en acceptant le risque au lieu de le fuir.Dès lors, il devient d'abord possible à Popper de restituer à la science naturelle son projet fondamental, en réhabilitant sa prétention à être théorique - contre l'empirisme -, à décrire vraiment la réalité - contre l'idéalisme -, à être objective - contre le psychologisme et le sociologisme.Mais il devient aussi possible de définir au niveau de l'action le véritable progressisme politique, en démystifiant la tentation totalitaire, en défendant un réformisme sans illusion, soucieux de tester toute initiative, et de soumettre tout pouvoir à un contrôle.Au-delà pourtant de la méthodologie, c'est une véritable métaphysique qu'on voit se dessiner en dernier lieu dans l'oeuvre de Popper métaphysique d'un monde indéterministe, ouvert, tel qu'en lui aient pu émerger la vie, l'homme, et ce "monde des idées» autonome, produit par l'homme et permettant à ce dernier de connaître l'univers qui le contient, et de se transformer sans cesse sous l'effet d'une rétroaction au contact de sa propre oeuvre. "Notre ouvrage s'inscrit en faux contre l'interprétation dominante. Si la philosophie politique de K. Popper voisine en permanence avec son épistémologie, elle a aussi une épaisseur propre, puisant à des sources classiques de la philosophie, notamment l'universalisme kantien, l'individualisme de J. S. Mill ou encore l'évolutionnisme de Darwin. Elle a surtout le mérite, derrière son apparente modestie, d'anticiper la plupart des approches contemporaines du phénomène démocratique, celles de Claude Lefort et de John Rawls, de Hans Apel et de Jurgen Habermas. A une époque où la pensée libérale était régulièrement stigmatisée, Popper annonçait déjà une vision tout à la fois limitative, dialogique et régulatrice de l'exercice du pouvoir au sein d'une "société ouverte". |