Les « altermondialistes », idiots utiles de la mondialisation

Paru dans "La Croix", 15 octobre 2003

Le succŹs du mouvement du Larzac traduit sans doute une immense frustration politique née de l’intégration européenne, ersatz de la mondialisation et de la soumission du monde aux marchés, qui réduit tout discours politique ą un misérable « on peut pas faire autrement ». Mais ą lire la réaction de Pascal Lamy, le représentant de « l’Union européenne » ą l’OMC, on ne peut que flairer la supercherie : « Les revendications entendues sur le plateau du Larzac viennent donc renforcer sur ce point – la réforme de la PAC – les positions de l’Union ».

Pourrait-il en źtre autrement ? Le tohu-bohu du Larzac a regroupé ceux lą mźme qui sont les chantres de la mondialisation libérale : Les « verts » qui n’ont de cesse d’abhorrer la « France moisie et ringarde », de honnir la République pour promouvoir le communautarisme sous toutes ses formes. Les régionalistes subventionnés par Bruxelles pour qui les nations doivent mourir pour que « l’Europe des régions » vive. La pléiade d’associations médiatiques et microphages comme Act-Up ! qui ont construit l’idéologie du parti socialiste du remplacement des luttes sociales – nécessaires et légitimes surtout dans la phase de mutation économique considérable que nous traversons-  par les luttes « sociétales », celles de l’individu-roi qui veut, comme le proclamait le vieux slogan des soixante-huitards, « jouir sans entraves » mais avec la garantie d’un Etat transformé en dame patronnesse. Les apparatchiks de la LCR enfin, grande pourvoyeuse de conseillers de cabinets des gouvernements socialistes, pépiniŹre de l’oligarchie régnante, qui compte dans ses rangs le vice-président d’ATTAC ..

 

Tandis que tout s’effondre, que la France se désindustrialise, que la paupérisation progresse, que la politique disparaĒt sous les discours convenus et les renvois d’ascenseurs des oligarchies politiques, financiŹres et médiatiques, il faut amuser le peuple pour qu’il décharge sa rage lą oĚ elle sera inoffensive. Les empereurs romains décadents lui donnaient « du pain et des jeux », sous l’ancien régime, on organisait des carnavals, des « fźtes des fous » oĚ toutes les transgressions étaient autorisées : aujourd’hui, le Larzac va prendre sa place au rayon des prothŹses de contestation, ą côté des festivals de l’été avec ses intermittents permanents, Čme de ce monde festif devenu, selon Philippe Murray, « le systŹme mźme », et qui « ne savent pas qu’ils ne sont plus des artistes et exigent le maintien de l’art qu’ils ont liquidé ».

Mais il n’a pas que cette fonction : pour progresser, le mondialisme marchand a besoin de détruire tous les repŹres politiques, culturels et sociaux des individus et les institutions qui les protŹgent. Pour réussir son offensive de l’extérieur, le libéralisme a besoin du cheval de Troie du libertarisme qui, au travers de discours moralistes sur des « droits de l’homme » travestis en libération de toutes les pulsions. Cet homme « libéré » croule sous les « droits ą » de multiples aumônes et prébendes tandis que ses « droits de » les plus fondamentaux, comme celui de travailler et d’entreprendre, disparaissent. L’ouverture tous azimuts de frontiŹres au nom d’une pseudo « solidarité », du culte du « sans papier », est l’alibi au trafic de main d’Ōuvre et des nouveaux esclaves mis sur le marché par la décomposition de leur pays. Le Medef, soi-disant honni par l’extrźme gauche, se bat pour la mźme cause qu’elle : l’ouverture des frontiŹres aux flux migratoires pour utiliser le travailleur polonais contre le travailleur des chantiers navals de Saint-Nazaire.

 

Main droite et main gauche, libéraux et libertaires se partagent le travail - qui n’ont de cesse d’affirmer leur convergence sur les « problŹmes de société »-  coopŹrent pour détruire l’école, creuset d’une citoyenneté qui n’a plus lieu d’źtre, lieu de transmission de savoirs jugés conservateurs oĚ il faut remplacer les maĒtres par des animateurs déguisant leur inculture derriŹre le jargon qu’on leur a enseigné dans les IUFM.

Pour instaurer le rŹgne du marché, il faut sacraliser l’individu et détruire la collectivité, la nation, la mémoire collective et toute forme de normes et d’organisation sociale qui est le propre d’une civilisation. Grands manipulateurs de médias, les mondialistes version « alter » y parviennent ą merveille lą oĚ les technocrates ennuient. La mondialisation en mono – le rŹgne absolu de la marchandise – c’est bien, en stéréo avec le discours « citoyen du monde » qui livre l’individu pieds et poings liés aux marchands, c’est mieux. Les mondialistes version « alter » sont les idiots utiles qui manquaient pour donner une face éthique ą la mondialisation.

 

C’est peu dire que la récitation de mantras contre « la mondialisation libérale » peine ą cacher l’absence de programme. La France traverse une crise profonde, ą l’instar de tous les pays industrialisés elle fait face ą une nouvelle révolution technologique qui, comme le firent celles du charbon et de l’électricité, bouleverse les modes de production et les rapports sociaux.

Un monde meurt et un nouveau est en gestation dont il nous appartient de décider s’il sera meilleur ou pire que le précédent.

 

Pour faire face ą ces nouveaux défis, la France dispose de nombreux atouts : une tradition culturelle liée ą un haut niveau d’éducation, une tradition technologique qui fait de nous l’un des pays les plus innovants, des services publics de bon niveau, une agriculture puissante, un Etat central laēc et fort faisant encore face ą la gangrŹne du communautarisme, enfin une position de puissance internationale qui permet ą la vie internationale de ne pas se réduire ą des actes de soumissions envers la puissance dominante.

Ces atouts sont menacés : cette rentrée voit les familles fuir vers le privé notre systŹme éducatif, exsangue de trente ans de réformes « modernistes » soutenues par des organisations syndicales bureaucratisées au dernier degré et qui ont coupé l’école de la Nation, notre agriculture menacée par la réforme de la PAC qui, en découplant l’aide et la production, devrait se ramener ą payer les agriculteurs « non-rentables » pour ne pas produire : un idéal qui, on l’a vu, n’est pas pour déplaire au paysan virtuel José Bové ni aux Verts qui rŹvent de voir la France transformée en jardin subventionné vivant de sa rente touristique. Notre industrie perd ses emplois et ses entreprises ą grands flots, EDF est promise au démantŹlement tant par les libéraux que par des « écolos » qui voudraient ne s’en remettre qu’ą l’hydraulique par temps de sécheresse ou ą l’éolienne quand il n’y a plus de vent !

Quant aux services publics, alors qu’ils manquent de ressources lą oĚ il en faudrait (hôpitaux, justice entre autres) ils croulent sous les sureffectifs lą oĚ ils sont inutiles sinon nuisibles (3500 personnes ą la DRH de Bercy !). Mais on pourra la aussi compter sur les « alter mondialistes » de SUD pour bloquer toute réforme et poursuivre le processus d’euthanasie bureaucratique des services publics : la main gauche bureaucratise, la main droite privatise.

La France a besoin d’ambition, de confrontations constructives qui permettront de rebČtir les consensus sociaux. Pas de cette caricature de « lutte sociale » des intermittents qui, comme l’a justement écrit Elisabeth Lévy, réclament ą la fois « la subversion et la subvention, l’anarchie et le droit, la singularité et la société » [1]

Archaēques les alter mondialistes ? Toutes leurs propositions acclamées par des « lutteurs » de toutes sortes nourrissent les projets de leurs adversaires en parole. MaĒtres de l’esbroufe, ils sont en fait terriblement modernes.

 

Nicolas Dupont Aignan [2] ,

Jacques Myard [3]

Claude Rochet [4]

Les réactions:



[1] Le Figaro, 23 juillet 2003

[2] Député UMP de l’Essonne, maire de Yerres, Président fondateur de « Débout la République »

[3] Député UMP des Yvelines, Maire de Maisons Laffitte

[4] Professeur de gestion essayiste, a récemment publié « Gouverner par le bien commun », Ed F.X de Guibert