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Mis à jour le 23/06/08

Y-a-t-il une nouvelle économie?

Le signe le plus patent est la fin du paradoxe de Solow. Depuis 1995, la productivité horaire du travail croît plus vite que les investissements informatiques. Internet apparaît comme le lien manquant qui permet de valoriser les investissements antérieurs qui ne remettaient pas en cause l'organisation traditionnelle de la firme (Solving the paradox).Sur la fin du paradoxe, voir Has the "New Economy" Rendered the Productivity Slowdown Obsolete?" de Robert J. Gordon qui publie plusieurs papiers d'intérêt.

  • R. Gordon conteste que l'on puisse imputer aussi facilement aux nouvelles technologies la croissance actuelle. Il y a bien une très forte contribution à la croissance du secteur des NTIC, mais pas un impact visible sur la croissance des autres secteurs qui serait due à un phénomène de rattrapage du à la baisse du chômage et de l'inflation. Toutefois, Gordon est revenu sur son analyse initiale et reconnait maintenant que l'évolution technologique a un caractère structurel: Five Puzzles in the Behavior of Productivity, Investment, and Innovation

Les nouvelles technologies sont-elles à la source de la croissance américaine?

La croissance américaine a d'abord reposé sur l'investissement informatique des entreprises, beaucoup plus que sur la valeur ajoutée produite grâce aux technologies.

Outre Gordon, d'autres contributions essentielles de Oliner et Sichel:

Néanmoins, bien qu'on ne sache pas formellement faire le lien, les TIC ont un impact sur la productivité. Un exemple frappant en est la diminution du coûts des stocks par le développement du "juste à temps":

  • Plusieurs papiers essentiels pour faire le point, parus dans ECONOMIE ET STATISTIQUES (INSEE)

  • Que reste-t-il de la nouvelle économie?

    Après l'effondrement boursier de 2001 que reste-t-il du mythe de la "nouvelle économie?".

    Une synthèse intéressante de Brad de long "Do we have a new economy" L'auteur conclut:

    • " ...we can be confident that the "new economy" is responsible for the first: the acceleration in productivity growth. We can also be confident that this acceleration in productivity growth is not going to evaporate quickly: the growth-accounting fundamentals that have led the technological revolution in data communications and data processing to boost aggregate productivity growth change only slowly. Moore’s law is not going to vanish tomorrow.
    • The second shift–the sharp and sudden fall in the NAIRU–is less clearly attributable to the "new economy." ... there is little direct evidence in favor of a link between faster productivity growth and a reduced NAIRU. ...
    • The third shift–the reduction in inventories–is driven by the information technology revolution as well as by other factors, and has been ongoing for a generation. How much of it is due to information technology directly is unknown. And we have not yet been able to see whether macroeconomic benefits in terms of reduced business cycle amplitude will follow from the leaner inventory pipeline that our economy is moving to.
    • The fourth shift–the negative shift, the increase in the volatility of the stock market–is in some sense completely due to the "new economy": no belief in the new economy, no doubling of the NASDAQ index in four months–and then no subsequent halving of the index in the year up to March 2001. The deeper question is whether our stock market works markedly worse as a social capital allocation mechanism now than it worked a generation ago because it has been corrupted by an unusual degree of speculative excess, and how much of this speculative excess is due to the information technology revolution. And for that question there is no answer."
    • En français: Qu’y a-t-il de neuf dans la «nouvelle économie»?

    Une vision hétérodoxe du développement économique, animé par des économistes d'Europe du Nord, "The Other Canon", qui fait entendre une voix divergente par rapport au canon dominant, celui de l'économie néo-classique qui fait du marché l'acteur principal du développement. "L'autre canon" se fonde sur l"histoire, depuis la Renaissance, pour montrer que le développement a été le résultat d'une action de l'Etat. La continuation de l'école évolutionniste depuis Schumpeter!


  • Une des caractéristiques des nouvelles technologies est que les gains de productivité qu'elles génèrent ne se traduisent pas par une meilleure profitabilité des firmes. Ce que montre cet article de The Economist:

    • " Perhaps two-fifths of the acceleration in productivity growth between the first and second halves of the 1990s is explained by companies' increased spending on IT equipment rather than by higher total factor productivity (the efficiency with which both capital and labour are used). Spending on IT has since fallen sharply from a peak in 2000. If it fails to return to its earlier, clipping pace because firms can see no pay-off this could dampen future productivity growth.

      The good news is that companies still have plenty of scope to boost productivity by reorganising their businesses to use information technology more efficiently, which could yet boost growth in total factor productivity. That theory might soon be put to the test.
      "

    Cette analyse est basée sur le World Economic Outlook du FMI 2001 qui montre le caractère cyclique des évolutions technologiques.

  • Sur l'explication du fonctionnement par cycles de l'économie de l'innovation, l'auteur le plus intéressant est actuellement la vénézuélienne Carlota Perez. Voir sa présentation lors d'un forum en Estonie, septembre 2002.

    Les cycles technologiques évoluent par alternance de phases de frénésie, de crises et d'âge d'or. Il y a en fait, depuis le début de la révolution industrielle, toujours eu des "nouvelles économies" qui correspondent aux phases de frénésie, prédominées par le surinvestissement et la formation de bulles spéculatives, avant qu'après des crises provoquées par des effondrements boursiers, on parvienne à une phase de stabilisation, un âge d'or, qui permet de récolter les fruits de l'innovation et d'en faire bénéficier l'ensemble de la société.

    Pas de "nouvelle" économie sans "vieille" économie

    La diffusion de la technologie s'accélère au fil des générations de technologie, mais, si des sauts technologiques peuvent intervenir permettant aux pays en retard de rattraper (cas du téléphone cellulaire se développant sans infrastructure filaire), une base industrielle classique (réseau électrique, égouts, éducation...) reste une condition indispensable. C'est ce que montre cette étude de la Banque Mondiale dont The Economiste se fait l'écho:

    "Scholars of economic history are not surprised. Whether steam or railways, electricity or steel, mass production or cars—all technological revolutions have gone through similar long-term cycles and have eventually come of age, argues Carlota Perez, a researcher at Britain's University of Sussex, in her book “Technological Revolutions and Financial Capital: The Dynamics of Bubbles and Golden Ages” (Edward Elgar, 2002).

    In her model (see chart 2), technological revolutions have two consecutive lives.

    • The first, which she calls the “installation period”, is one of exploration and exuberance. Engineers, entrepreneurs and investors all try to find the best opportunities created by a technological big bang, such as Ford's Model T in 1908 and Intel's first microprocessor in 1971. Spectacular financial successes attract more and more capital, which leads to a bubble. This is the “gilded age” of any given technology, “a great surge of development”, as Ms Perez calls technological revolutions.
    • The second, or “deployment”, period is a much more boring affair. All the quick bucks have been made, so investors prefer to put their money into the real economy. The leading firms of the new economy become bigger and slower. The emphasis is no longer on raw technology, but on how to make it easy to use, reliable and secure. Yet this period is also the “golden age” of a technology, which now penetrates all parts of society.

    These two periods of a technological revolution are separated by what Ms Perez calls a “turning point”— a crucial time for making the choices that determine whether a technological revolution will deliver on its promises. In her book, she concentrates mainly on the social and regulatory decisions needed to allow widespread deployment of new technology. But the same argument applies to technology vendors and customers. To enter their “golden age”, they have to leave their youthful excesses behind and grow up."

    will work for food

    En fait, la nouvelle économie a reposé sur cinq mythes:

    1. La fin des cycles économiques: les cycles croissance, stagnation récession, de durée diverse, sont toujours d'actualité et n'ont pas été remisés au magasin des accessoires par Internet
    2. La croissance de la productivité réduirait simultanément le chômage et l'inflation: malheureusement, ici comme ailleurs, "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel" et quand la croissance de la productivité ralentit on est à nouveau confronté à un arbitrage entre soutien à l'emploi et maîtrise de l'inflation.
    3. Internet change radicalement la manière d'évaluer les firmes: là encore, la fin de la bulle a rappelé la permanence des fondamentaux de l'économie.
    4. "Les clients comptent plus que les profits": pendant la bulle, on disait aux analystes de ne pas s'alarmer des pertes abyssales des start-Up, que l'important était la progression de leur clientèle. Là encore, les fondamentaux économiques ont rappelé leur réalité.
    5. "Le trafic Internet va doubler tous les 100 jours": cette croyance a amené à des surinvestissements qui pèsent aujourd'hui sur la profitabilité des firmes. Seuls 2% de la capacité totale installée de fibre optique est aujourd'hui utilisée!

    En fin de compte, qu'est-ce que la "nouvelle économie"?

    Bref, il n'y a pas de "nouvelle économie", mais une nouvelle vague d'innovation constitutive d'un nouveau cycle technologique au sens de Kondratiev et de Schumpeter, soit la continuation de l'histoire depuis la première révolution industrielle... "business as usual"...

    Sur les cycles schumpétériens:

    • Les auteurs clé sont Carlota Perez, qui rappelle dans une intervention à la CNUCED (UNCTAD en anglais) que
      • "Ce n'était ni le degré de libéralisation, ni la rapidité du désengagement de l'État, ni
        l'ampleur des ajustements macroéconomiques, mais l'orientation et l'intensité de l'apprentissage
        technologique qui constituaient le déterminant réel du succès ou de l'échec. C'est pourquoi il
        importait au plus haut point de comprendre qu'un processus de croissance rapide n'aboutissait
        pas toujours au rattrapage ou au développement et n'était pas nécessairement irréversible. Ces
        périodes pouvaient cependant être cruciales en jetant les fondements d'avancées ultérieures."
    • ainsi que Chris Freeman, dont on lira l'oeuvre monumentale "As Time Goes By", mais on trouve plusieurs papiers plus rapides à lire sur le site du SPRU, ainsi Policies for Developing New Technologies
    • Ma thèse de doctorat, "L'innovation, une affaire d'Etat" fait le lien entre l'évolution de la technologie et celle des institutions.

    Les papiers:

      1. "Speculative Microeconomics for Tomorrow's Economy." The best thing I've done on the topic, I think; written with Michael Froomkin. An earlier draft was called "The Next Economy?.
      2. "Tools for Thought: What Is New and Different About the "E-conomy"
      3. Building Tools for Thought: What Is New and Important About the "E-conomy" (short version)
      4. Reflections on an analogous information révolution: the printing revolution in early modern Europe.

    Il n' y a aucun lien automatique." Pour parvenir à utiliser une technologie radicalement nouvelle, il faut du temps et un effort délibéré. Un puissant ordinateur ne suffit pas par sa seule présence à améliorer la productivité. Il faut également disposer des technologies complémentaires, former les travailleurs, et parfois aussi les clients et les fournisseurs, et revoir l'organisation de l'entreprise." (OCDE, 1996) The OECD Growth Project "Internet and the new economy" (Etude du Brookings Institute): Une analyse détaillée des relations entre les technologies et la productivitéTechnology Policy and Economic Growth : Essentially all economists agree that productivity growth is the key to doing better over the long term, but they can neither explain why productivity growth has slowed in the U.S. nor what to do to make it grow faster.Computers, obsolescence and productivity, une étude de la FED

    Prometteuse, la nouvelle économie, avec son potentiel de croissance, de gains de productivité et de création d'emplois ?

      Prudence, nous répond l'économiste Jean Gadrey, qui tempère l'enthousiasme excessif des journalistes, hommes politiques ou économistes qui surestiment largement les effets de la diffusion des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Mais l'auteur va plus loin dans sa mise en garde. "La nouvelle économie est une mythologie néo-techno-libérale qui met en avant, de façon très sélective, certaines caractéristiques du mode de fonctionnement de l'économie américaine" : flexibilité et dualisme du marché du travail, dérégulation des marchés, nouveau mode de gouvernance des entreprises fondé sur la valorisation financière. Comment pourrions-nous accepter un tel modèle social ? Les discours vantant les mérites de la nouvelle économie légitiment en réalité un libéralisme débridé qu'il faut combattre. L'auteur plaide ainsi pour l'invention d'un projet de société alternatif qui réhabiliterait le rôle de l'État et des acteurs sociaux face à la toute puissance des marchés.

    nobody@nospam.com
    Date de dernière mise à jour :
    23/06/08

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