Sortir de la pauvreté et de l'exclusion


 
Pauvreté, chômage, exclusion : l'inefficacité des politiques publiques est aujourd'hui! patente à les réduire. Malgré les sommes englouties, la progression semble inexorable. L'exemple français est le plus criant.

La cause principale réside dans les politiques mathusiennes et récessionnistes

Le point commun de toutes ces politiques :

  • ne pas comprendre les mutations profondes du travail
  • Une régression de la politique familiale qui défavorise les femmes, la famille et la natalité.
  • Des politiques d'aide qui repose sur l'assistance et ne proposent aucun projet aux exclus.
Un contre exemple de ce qu'il est possible de faire nous est donné par la Banque GRAMEEN fondée au Bangladesh par Muhammad YUNUS qui a développé la pratique du micro-crédit. Le micro-crédit repose sur l'initiative des plus pauvres, et au delà de l'attribution de prêt, sur la relance d'une dynamique de projet.
 

En 1974, Muhammad Yunus est professeur déconomie à Chittacong, Bangladesh. Une mousson particulièrement catastrophique provoque une famine, qui laisse, comme de coutume, les autorités insensibles. Il décide de sortir du pré doré de son université pour sintéresser aux causes de la misère des campagnes bengalies. Il saperçoit vite que la domination des usuriers empêche tout développement dune accumulation financière qui permettrait le développement économique des campagnes. Sortir de cette domination requerrait que lon puisse prêter quelques dollars aux paysans qui en ont besoin. Aussi se lance-t-il dans l'aventure qui va donner naissance à la Grameen Bank et à une nouvelle activité: le micro-crédit.
Il va se heurter dabord aux structures bancaires du Bengale qui trouvent que prêter aux pauvres na pas de sens “ puisqu'ils ont toujours été pauvres ”. Ensuite aux experts de la Banque Mondiale qui ne pensent quaux grands investissements d'infrastructure, dont la première conséquence est la corruption et la déstabilisation des structures sociales traditionnelles avec pour effet immédiat de passer d'une pauvreté à la Péguy1 à la misère bidonvillisée.
Vingt ans après, la Grameen Bank affiche un taux de remboursement exceptionnel en ne prêtant qu'aux plus pauvres des pauvres.
Pour atteindre ce résultat, M. Yunus a brisé toutes les règles établies: prêter aux insolvables, mais en associant le prêt à l'entrée dans un club demprunteur où chacun s'entraide à développer sa micro-activité. Dans un pays musulman, 95 % des emprunteurs sont des femmes. Les bureaux de la Banque sont dans les villages, au plus près des plus pauvres et de leurs projets.
Le projet de Muhammad Yunus a réussi parce qu'il était guidé par une idée qui incarnait fondamentalement le bien commun au-delà des rationalités historicistes et des déterminismes des économistes, qui lui a permis d'articuler les composantes d'efficacité économique et financière et d'efficacité sociale autour d'une même finalité.
Il a commencé sans un sou, investissant de sa poche les quelques dollars nécessaire pour initialiser le processus et créer un cercle vertueux d'apprentissage.
Son exemple inspire aujourdhui des initiatives dans le monde entier.2

SEPT règles pour agir…:

Briser les régles établies

Lorsqu'une règle établie ne réussit pas ou plus à atteindre les buts quelle sest fixée, il ne sert à rien de faire plus de la même chose. M. Yunus a brisé toutes les règles qui étaient des carcans pour sortir de la pauvreté: ne préter qu'aux riches, exclure les pauvres de l'économie de marché du quotidien, ne pas faire confiance à leur capacité d'initiative et de créativité, considérer que des moyens importants sont nécessaires au préalable, avoir une attitude misérabiliste qui retire aux pauvres la responsabilité et la propriété de leur devenir, voilà les régles établies dont lexpérience de la Grameen Bank établit l'ineptie.

Mieux vaut plusieurs ensembles homogènes qu'un grand ensemble hétérogène

Les apprentis sorciers du pédagogisme prônent le maintien de l'hétérogénéité dans les classes des quartiers difficiles, “au nom de l'égalité”. Ils ignorent visiblement la loi de Gresham qui veut que lorsque deux éléments différents se voient arbitrairement rassemblés et attribuer la même valeur, celui qui est le plus précieux sera le plus convoité. M. Yunus, dès ses premières expériences, affirme que “dans le domaine du développement, si un projet réunit des pauvres et des non-pauvres, les non-pauvres excluront les pauvres, et les moins pauvres excluront les plus pauvres”3. Il faut donc mieux des programmes spécifiques que des programmes généralistes basés sur des grands dipositifs d'aide.

Faire des gens et des plus pauvres les acteurs de leur libération

Implantant la Grameen Bank aux Etats-Unis, M. Yunus se heurte aux conceptions des travailleurs sociaux américains, qui sont en gros les mêmes que les nôtres: intervenir avec des services sociaux dotés de beaucoup de moyens. “Les travailleurs sociaux américains et les dirigeants communautaires refusaient de croire que ces gens avaient besoin de capitaux. Pour eux et ils n'en démordaient pas ce qu'il fallait aux plus démunis, c'était des services sociaux: soins psychiatriques, services médicaux, formation, éducation, logement, etc… (…) Je répétais inlassablement que tout être humain, aussi pauvre soit-il, possède la capacité innée d'utiliser un prêt pour échapper à la pauvreté … Les pauvres peuvent sembler stupides, mais tout le capital humain existe en eux, latent. Il faut juste les aider à se débarrasser des couches successives de souffrance et d'humiliation, comme on pèle un oignon”. Dans toutes les interventions sociales nous retrouvons la même problématique: nous voulons absolument intervenir avec beaucoup de moyens, sans que les pauvres entrent dans une logique de projet et soient acteurs de leur libération. Nous obtenons l'effet inverse au but recherché en développant un état d'esprit d'assisté et un sentiment de dévalorisation de soi chez les plus pauvres. Inefficace, la politique du toujours plus de la même chose a surtout pour but de nous donner bonne conscience et développe la bureaucratie des institutions sociales.

Promouvoir le bien commun face aux conventions et aux croyances

Conventions et croyances peuvent être un obstacle à la sortie de la misère. Au Bangla-desh, les plus rétrogrades sont celles concernant la position de la femme qui ne doit pas sortir sans être accompagnée et ne doit pas travailler. M. Yunus s'est attaqué à cette question en offrant des postes à responsabilité à des jeunes femmes diplomées qui ont tourné le dos à un avenir tout tracé fondé sur le mariage et le repli sur le foyer. Au prix de nombreuses difficultés, elles sont parvenues à s'affirmer et à affirmer la mission de la banque. Les résultats obtenus et la légitimité de laction de la banque ont vaincu les réticences des familles qui ont abandonné leurs pressions sur les jeunes femmes. Par la promotion des femmes comme cadres de la Grameen Bank, M. Yunus pouvait toucher le cible privilégiée: préter aux femmes les plus touchées par la pauvreté et condamnées à l'immobilisme par les préjugés sociaux.

La conscience sociale est un facteur de motivation plus puissant que lintérêt.

Grameen se veut inclassable sur l'échiquier politique. Favorable à l'économie de marché et à la libération de l'initiative économique, Grameen est hostile au libéralisme économique et a pour objectif l'élimination de la pauvreté, l'éducation, la couverture médicale pour tous, l'égalité des sexes et le bien-être des personnes âgées. Sa vision de l'Etat est celle d'un régulateur mais pas dun gestionnaire. Grameen prône le dépassement des divisions traditionnelles avec le développement d'un secteur privé investi d'un rôle social impulsé par “des individus animés dune profonde conscience sociale qui peut se révéler aussi motivante, si ce nest plus, que l'appât du gain”4

Enclencher des cercles vertueux dapprentissage

Il faut toujours commencer modestement et procéder par petits pas. Il faut surtout éviter de faire ce que fait la Banque mondiale: mettre en place des grands programmes de lutte contre la pauvreté qui ne mettent pas les pauvres au centre, et pour lesquels cest aux pauvres de sadapter au programme et non linverse. Ces programmes sont inefficaces et ne font que développer la bureaucratie, voire la corruption. Commencer petit permet de sinsérer dans les schémas dapprentissage des plus démunis. Il ne faut pas former les pauvres, mais se former aux pauvres, ce qui est la pierre angulaire de la formation des cadres de la Grameen Bank. Les succès développent la capacité d'apprentissage, donnent confiance, permettent de prendre de l'assurance et d'accroître ses ambitions. “Le crédit solidaire permet de mettre le moteur en marche, mais, pour avancer, il faut ensuite du carburant, un entretien régulier, une augmentation de capacité et une route en bon état (…) il est indispensable de mettre en place un système de santé efficace, un fonds de retraite, de bons moyens de communication et dinformation. Faute d'un tel système d'aide, les progrès réalisés risquent de s'enliser”5. Aujourdhui Grameen développe l'accès aux nouvelles technologies de l'information, luttant ainsi contre une nouvelle fracture entre le monde développé et les pauvres.

Sappuyer sur la créativité des individus

Grameen est une critique vivante des théories microéconomiques classiques dont nous avons vu les limites dans le cadre de l'entreprise. Ce qu'il faut placer au centre, ce nest pas la demande du consommateur ou la fonction de production de l'entreprise, mais la capacité de création de l'individu et de l'entrepreneur. “Pour moi - dit Yunus - une science sociale digne de ce nom doit mettre en place un cadre théorique qui encourage les hommes à explorer leurs possibilités, et non poser pour hypothèse que leurs capacités sont limitées, que les rôles sont distribués d'avance.” Et Yunus de sopposer aux théories malthusiennes qui rejettent la notion de création de son propre emploi. La capacité de création d'emplois est illimitée car elle est liée à la créativité humaine, surtout chez les plus pauvres qui nont plus que ça. Les dispositifs d'insertion reposent en général uniquement sur l'assistance et non sur l'initiative des individus. Cest une lourde erreur6

1 “ Dans ce temps là on ne gagnait pour ainsi dire rien(…) Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte daisance dont on a perdu le souvenir (…) il ny avait pas cette espèce daffreuse strangulation économique qui à présent dannée en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien, on ne dépensait rien, et tout le monde vivait” Péguy, 1913, cité par M. Beaud, p. 200

2* Muhammad Yunus "Un monde sans pauvreté", 1997 , Lattes

3 op. cit p.95

4 op. cit. p. 277

5 op. cit. p. 285

6 Dans une étude sur les pratiques d'insertion dans le département de la Dordogne, Daniel Cérézuelle relève que les politiques officielles ne prennent aucunement en compte les capacités d'adaptation des intéressés. "On ne relève pratiquement aucune tentative pour développer la capacité à satisfaire soi-même une partie des besoins et pour diversifier ainsi les ressources d'une population qui, dans sa grande majorité, n'accédera pas aux revenus de l'emploi salarié". Cité dans Bernard Perret "Les nouvelles frontières de l'argent", p. 285



En France, l'expérience est également développée par l'ADIE présidée et fondée par Maria NOWAK qui se heurte à la mentalité anti-entreprise des élites, notamment en ce qui concerne la capacité des exclus à créer leur propre activité, et à la lourdeur du système de création d'entreprise.

Les débuts de l'ADIE sont prometteurs. Elle a notamment repris le principe de l'organisation des emprunteurs en cercles de créateurs.

Le site de la Banque Grameen présente des statistiques, une bibliographie et une liste de liens (en anglais).

Consultez également une sélection cotée de liens sur le micro-crédit.

Longtemps combattue par la Banque Mondiale, la pratique de la Banque Grammen fait aujourd'hui l'objet de commentaires positifs - bien que non officiels - à l'intérieur de la Banque mondiale elle-même. Crée en 1976, la Banque Grameen a démontré la faisabilité et la viabilité économique du micro-crédit, et créer une quantité impressionnante d'autres services au profit des plus pauvres, dont l'accès aux nouvelles technologies de l'information.

    "L'aide internationale a été conçue en partant du principe que l'argent devait aller aux gouvernements. Or, dans un monde qui prône la libre entreprise, ce système ne fait qu'accroître les dépenses de l'Etat, créant d'énormes bureaucraties qui deviennentrapidement corrompues et inefficaces."

Muhammad YUNUS

Cette stratégie est plus efficace que les grands projets d'infrastructure financés par la BM: 99% des prêts sont remboursés et la banque est profitable. Le micro-crédit permet de sortir des situations de dépendance par l'accès au crédit, et sa pratique est jugée duplicable à tous les pays où l'accès au crédit est dénié aux pauvres. Grameen contribue à 1,15 point de croissance du Bangladesh.

Caste Embeddedness and Microfinance: Savings and Credit Cooperatives in Andhra Pradesh, IndiaCaste Embeddedness and Microfinance: Savings and Credit Cooperatives in Andhra Pradesh, India


Caste Embeddedness and Microfinance: Savings and Credit Cooperatives in Andhra Pradesh, India

GUY STUART
Harvard University - John F. Kennedy School of Government

September 2006

Abstract:     
This paper examines how the introduction of a new set of institutional practices through the creation of new organizations bump up against, but also build on, the existing social structure and practices of the setting in which they are introduced. In this case, the new practices were cooperative governance and financial accounting practices introduced through the medium of cooperative organizations into villages in Andhra Pradesh, by the Cooperative Development Foundation (CDF) during the 1990s. The paper demonstrates how the CDF both built on and challenged the existing social structure of the villages in which their cooperatives developed. In particular, the paper shows that the new institutional rules the cooperatives implemented interacted with the existing caste and gender structure in a variety of ways that included direct conflict, mutual support, and indifference.

  • Dans la même philosophie d'accompagnement et de rendre acteurs les plus pauvres, le mouvement ATD quart-monde.
  • Pour l'action d'urgence, le site d' Intersocial fournit toutes les informations utiles. 
  • Finansol: le site du financement solidaire

 

Une association vient de se créer en France qui s'inspire des principes de la Banque GRAMEEN: TAF

Le projet est composé de trois éléments:

  • · la création d'une caisse d'épargne et de crédit solidaire Epargne et Prêts Solidaires Ile de France- qui collectera de l'épargne militante des particuliers, des organisations et des entreprises intéressées, et accordera des prêts de taille modeste à des emprunteurs,porteurs de projets immédiatement générateurs de ressources, qui n'auraient pas accès au crédit dans le circuit bancaire classique ;
  • · la mise en place de ou la collaboration avec - un dispositif d'accompagnement technique adapté des porteurs de projet emprunteurs potentiels, pour les aider à concevoir leur projet, puis à le mener de façon économiquement viable ;
  • · la création - ou la collaboration avec- des structures d'aide à l'insertion : une " maison de l'écriture et du droit " ; des ateliers d'insertion ; une maison ouverte aux enfants d'âges préscolaires (pour que les mères de famille faisant appel à l'association disposent d'un moyen de garde de dépannage ) dans chaque département concerné, pour accompagner les porteurs de projet potentiels, en fonction de leur itinéraire personnel, sur le chemin de l'insertion.
Sur la Banque GRAMEEN:

Favoriser l'artisanat pour réduire la pauvreté

Même une banque peut être sociale (LE SOIR)

Il ne prête qu'aux pauvres (LIBERATION)

Transgresser les préjugés économiques Article de M. Yunus dans LE MONDE DIPLOMATIQUE

A LIRE: Vers un mon de sans pauvreté, de M. YunusGUY STUART GUY STUART

Harvard University - John F. Kennedy School of GovernmentHarvard University - John F. Kennedy School of Government
September 2006September 2006
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KSG Working Paper No. RWP06-037KSG Working Paper No. RWP06-037
    
  
Abstract:     Abstract:     
This paper examines how the introduction of a new set of institutional practices through the creation of new organizations bump up against, but also build on, the existing social structure and practices of the setting in which they are introduced. In this case, the new practices were cooperative governance and financial accounting practices introduced through the medium of cooperative organizations into villages in Andhra Pradesh, by the Cooperative Development Foundation (CDF) during the 1990s. The paper demonstrates how the CDF both built on and challenged the existing social structure of the villages in which their cooperatives developed. In particular, the paper shows that the new institutional rules the cooperatives implemented interacted with the existing caste and gender structure in a variety of ways that included direct conflict, mutual support, and indifference.This paper examines how the introduction of a new set of institutional practices through the creation of new organizations bump up against, but also build on, the existing social structure and practices of the setting in which they are introduced. In this case, the new practices were cooperative governance and financial accounting practices introduced through the medium of cooperative organizations into villages in Andhra Pradesh, by the Cooperative Development Foundation (CDF) during the 1990s. The paper demonstrates how the CDF both built on and challenged the existing social structure of the villages in which their cooperatives developed. In particular, the paper shows that the new institutional rules the cooperatives implemented interacted with the existing caste and gender structure in a variety of ways that included direct conflict, mutual support, and indifference.