ETES-VOUS UN BON COACH?
Article paru dans "Association magazine", 1995
Animer et diriger une association, c'est savoir donner du souffle à une équipe d'hommes et de femmes qui viennent chercher autre chose qu'une rémunération financière et matérielle. Les incantations et la langue de bois n'y suffisent pas, et les beaux jours de l'idéologie avec leurs redoutables- mais bien commodes- simplifications sont passés.
La tâche est plus dure que dans une entreprise: il n'existe aucun filtre comme la culture technique professionnelle ou le passage dans un cursus de formation. Le paysage s'y complique par la présence de salariés et de bénévoles qui ont chacun à définir leur missions et rôles dans l'organisation et à trouver leur repère
Le terme est bien connu des associations sportives: le travail d'accompagnement de l'entraîneur s'apparente à celui d'un entraîneur vis-à-vis d'un champion ou d'une équipe championne. C'est une philosophie en ce qu'il considère que le développement managérial consiste plus à libérer l'énergie potentielle des personnes qu'à leur donner une motivation de l'extérieur. Elle va en cela à contre-courant des doctrines considérant que l'homme n'agit que sous la contrainte, qu'elle soit hiérarchique ou idéologique. Elle le considère comme étant apte à participer à son développement personnel, en acquérant les compétences nécessaires. C'est une médecine douce, mais non moins énergique, qui va permettre à l'homme en bonne santé de devenir un champion sans attendre la présence d'un traumatisme pour intervenir.
De la part du responsable, c'est voir dans les hommes et les équipes des sujets en croissance, plutôt que des objets de production qu'il va s'agir de manipuler. Le coaching ne peut donc sa concevoir sans un fort partage des finalités, que ce soit de la liberté de l'homme comme étant capable de mener à bien son projet personnel, ou de celle de l'organisation à laquelle il appartient. Car c'est le point fondamental du coaching: le coach ne gagne jamais lui-même, il ne gagne qu'en faisant gagner les autres.
Le besoin de coaching s'inscrit dans une réalité paradoxale: plus on prend des responsabilités, plus on tend à être un modèle pour les autres alors même que l'on va se priver de leur regard critique: un président est un homme seul qui doit donner le meilleur de lui-même, est jugé et évalué, a besoin de la confiance de son équipe sans recevoir l'aide d'un regard extérieur et bienveillant lui permettant de piloter son action. Le recours au coaching permet de sortir du sentiment d'incompréhension qui s'installe lorsque l'on ne parvient pas à faire partager sa vision du projet associatif et de bâtir le langage commun qui va progressivement permettre l'émergence d'une vision commune du projet associatif.
La dynamique du coaching doit être une priorité des responsables associatifs. Il n'existe pas en association - sauf dans les grosses associations structurées - d'automatismes de fonctionnement comme ceux que l'on trouve dans une entreprise qui produit des biens et services tangibles et où chacun a une idée de sa valeur et de sa place par l'organisation hiérarchique et le système de rémunération.
Etre coach, c'est s'engager à permettre à chacun de grandir en tant qu'individu et au service d'un projet fédérateur. Les associations souffrent d'un passé ou, bien souvent, l'individu a été écrasé par le totalitarisme d'un projet dont le président devenait le porteur omniscient. Or, le capital de l'association, sa richesse essentielle, c'est la mise en commun des énergies et des diversités de chacun. Il va s'agir d'éviter qu'une association dont la finalité est d'ordre général se voit confiner à une catégorie socio professionnelle déterminée (les médecins et professions libérales par exemple) parcequ'elle ne saura pas gérer la diversité. Etre coach en association c'est se situer en champion du développement de chacun et de celui de l'association, c'est organiser la fertilisation croisée de l'extraordinaire diversité des individus pour en faire le moteur du développement.
Les principaux chantiers du coach seront la définition des identités personnelles et managériales de l'association. Accueillir un nouveau membre du conseil et l'aider à définir son identité au sein de l'équipe existante, accompagner un responsable de commission pour qu'il puisse situer son action dans une cohérence d'ensemble, accompagner le président pour lui permettre de percevoir les réactions et les attentes de son environnement sont les missions les plus immédiates. Viendront ensuite la cohésion des équipes (partager les mêmes valeurs, parler le même langage, avoir une méthode de travail), la définition des missions et rôles des instances (comment s'articulent bureau et conseil d'administration) et la délicate question des responsabilités respectives des bénévoles et des salariés.
Qui est coach? Chacun, comme Monsieur Jourdain, a fait du coaching et en fera. Le coaching comme pratique de management requiert toutefois un bon niveau de formation et de maîtrise professionnelle. Quatre cas sont possibles:
Une telle dynamique ne peut fonctionner que s'il existe un fort partage des finalités que doit incarner le projet associatif. L'erreur la plus couramment répandue est celle de vouloir définir le projet associatif de manière définitive et de dire »voilà quelles sont nos valeurs ». Il s'ensuit généralement une réaction de rejet, car le partage d'un projet se fait non dans l'adhésion à quelque chose de prédéterminé, mais dans la participation à un processus permanent d'élaboration et d'actualisation. La combinaison du coaching et de la cohésion d'équipe va permettre de faire émerger la raison d'être profonde de l'association, de découvrir que, sans le savoir jusqu'alors, on partage des valeurs fortes et que l'on a une approche cohérente de son métier que l'on va pouvoir structurer pour développer la compétence de l'association et mettre en place une politique de formation. Le coaching va permettre à chacun d'être co-élaborateur du projet associatif et au président d'être l'interprête légitime, dans une relation interactive d'écoute et de reformulation, des aspirations des membres.
Dans ce domaine qu'est l'association ou voisinent enthousiasme, stress et frustration, le coach va jouer un rôle de régulateur fondamental qui permettra de clarifier le projet, de définir les identités et de bâtir les modes de décisions dont l'association a besoin pour être en prise dynamique avec son environnement.