E-diotie?

Chaque révolution technologique déclenche chez de multiples gourous d'occasion un délire visionnaire qui nous promet un monde meilleur en quelques clics de souris.

Ce fut le cas au XIX° siècle, c'est le cas au XXI°, avec comme originalité ce fond de totalitarisme soft du bonheur obligatoire et d'insuisition contre tous les adversaires de la modernité. Après le e-commerce, on voit apparaître le e-citoyen de la e-république..., bref un nouveau syndrome apparaît: l'E-diotie.

Il en sera d'internet comme de toute les révolutions technologiques: il en sortira le pire comme le meilleur.

Une technologie n'est jamais porteuse de sens en elle-même.

Plus la technologie est puissante plus elle nous renvoie vers la plus vieille activité humaine: la philosophie politique.


Nous regroupons sur cette page les plus belles productions de gourous. La règle du jeu est la suivante: toute présentation doit être accompagnée de sa critique. Adressez-moi vos contributions!

Tiens, à propos, comment se fait – se ferait - la vérification par les assesseurs de l’intégrité et de l’honnêteté du programme de saisie des données, et de leur traitement ? A priori pas compliqué, environ dix lignes de basic suffisent. Citoyens lambda distingués informaticiens ? Nous avons déjà vu quelques errements bizarres de Delibao *…

Les nouvelles formes d’organisation para-syndicale ou politique dont le seul siège social est un site Internet, nous en avons aussi l’expérience, mais là il faut se demander en quoi consiste leur *action* (éventuellement rapide, pertinente et souple, pour faire plaisir à monsieur Biancheri), que je distingue de leurs publications. Par exemple, si intéressantes et profondes que soient les analyses publiées sur un site, elles ne commencent à être lues par assez de personnes que après maintes manifestations, assez fournies, dans les rues. Donc on ne peut avoir l’action politique minimum, c’est-à-dire faire changer les idées, que par une présence physique bien visible, et audible, dans les rues. Sinon, pas de représentativité, contrairement aux affirmations naïves ( ?) de l’article de Biancheri. Le

l’idée me paraît théoriquement plus intéressante, elle existe déjà un peu, sous la forme tout simplement des liens indiqués d’un site à l’autre, nous la mettons en œuvre spontanément !

Il est amusant de penser que cette idée n’est pas nouvelle : si j’en crois notre littérature classique, de Courteline à Giraudoux, la Troisième République permettait des lois d’initiative populaire, (que les lecteurs historiens me corrigent si besoin) tout citoyen pouvait proposer à la réflexion publique dans la presse des projets de loi. Si c’est vrai, quel progrès par rapport à la Constitution de la cinquième, où même les parlementaires n’ont plus ce droit d’invention et d’initiative ! D’autre part, pour revenir aux merveilles de l’informatique, je me souviens que dans les années 70 le président d’IBM France envisageait d’utiliser ce bel outil pour diffuser et discuter les propositions politiques. La question de la sincérité du traitement de l’information se posait déjà, immédiatement. Puis, bizarrement, cette proposition a disparu du paysage médiatique. Il n’est nul besoin d’être fonctionnaire ès qualités, c’est-à-dire précisément appointé pour ce travail de coordination des réseaux dont parle Biancheri, ou engagé dans un groupe politique.

Pour ce que j’en connais en tout cas, ces sites ou listes de discussion sont le lieu d’intéressantes réflexions politiques, fructueuses parce que ces assemblées virtuelles ont en général une certaine unité culturelle, et qu’on s’y exprime avec courtoisie, ce qui n’exclut pas la vigueur. Les lecteurs savent sans doute que ces qualités ne se trouvent pas partout … Cependant, d’autres difficultés de fonctionnement vont surgir bientôt : le nombre, et la lisibilité.

Supposons en effet que l’on se propose non seulement de discuter, d’approfondir sa réflexion, mais d’en tenir compte, d’agir sur le monde, de le changer, bref, de FAIRE de la politique et non seulement de la dire. Ce (ces) serviteur(s) du public, super maître de listes coordonnateur ne pourra pas se contenter de veiller au fonctionnement technique, il devra opérer des rapprochements d’idées, des synthèses ; supposons que pour ce faire, son esprit soit pur, élevé au-dessus de ses passions ; il va cependant être noyé sous le flot des messages, si, ce qui est théoriquement souhaitable, tout le monde participe au débat. Et cela ne va pas de soi, la qualité d’expression des idées est inégalement répartie, donc la capacité de convaincre, depuis Socrate nous savons que la rhétorique s’apprend, que les sophistes se faisaient payer, parce que cette étude est justement un enjeu politique important, tout autant que l’on parle sur l’agora ou que l’on écrive dans un lieu aussi public qu’un forum Internet non modéré.

Ceux d’entre nous qui fréquentent un peu ces forums publics savent combien la pensée et l’expression y sont relâchées, cela ne laisse guère présager de bon pour l’élaboration politique et la conduite de l’Etat (au sens large, quelle que soit l’étendue géographique). Jules Ferry, pleure dans ta tombe, de rêve non encore réalisé.

Quelle action propose Biancheri ? Une chose intéressante, l’accès forfaitaire à Internet. Sinon, ses élections électroniques en 2004 sans rien changer aux textes réglementaires, c’est-à-dire au pouvoir politique que le citoyen de base peut y avoir, comment pense-t-il que cela va motiver les électeurs ? Il nous livre le fin mot de l’affaire :

On est intéressé de savoir que dans cette Europe tant vantée par l’idéologie dominante " Le coût d'accès à la sphère politique européenne est resté prohibitif ", ce n’est pas bien, ce n’est pas démocratique, ça. Le reste est ici aussi de l’allégrisme après la lettre, on y retrouve tout : une opération de test, la réalité et l’image de modernité (important, l’image), et surtout offrir aux opérateurs l’occasion de développer un savoir-faire compétitif ; disons-le clairement, un marché. Si vous voulez voter (moderne), vous devez acheter un ordinateur dernier modèle (ben voyons, pour y faire fonctionner un programme dont la partie réellement utile se résume à quelques lignes d’un langage fruste …). Je suis presque émue de retrouver là à peu près toutes les idées directrices de mon ex-ministre.

Et cependant, prenons à revers, ou à bras-le-corps, cette idée, qui n’est pas si bête : la E-citoyenneté, que les cuisinières – et les plombiers, et les étudiants avec ou sans tee-shirt, et les sexagénaires offensés, soient mis en état de gouverner le monde. Il y a encore du travail pour y arriver.

Isabelle Voltaire

* Note sur

Delibao : ce nom signifie Délibération Assistée par Ordinateur ; c’est le logiciel de traitement des notes des candidats au bac, fourni aux centres d’examen par le ministère, ainsi que les logiciels Casimir et Evarem qui recueillent les résultats des évaluations nationales de 6e et 2e . Le programme lui-même est inaccessible – d’ailleurs les professeurs n’ont guère de temps à consacrer à la satisfaction de cette curiosité avec des moyens plus performants. Alors qu’un tableur courant ferait aisément le même travail, pour beaucoup moins cher, et où tout serait parfaitement lisible et vérifiable.

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